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Les associations littéraires APFLA-CPL, APLAES, APLettres, CNARELA, SEL et SLL ont été reçues à l’Élysée le 21 juin 2017

 

COMPTE RENDU DE L’AUDIENCE À L’ÉLYSÉE 21 JUIN 2017

Les associations littéraires APFLA-CPL, APLAES, APLettres, CNARELA, SEL et SLL ont été reçues par M. Thierry Coulhon, Conseiller Enseignement supérieur, Recherche et Innovation à la Présidence de la République le 21 juin 2017 à 15h30.

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Au nom des associations littéraires qui sont réunies et agissent ensemble depuis les premières annonces de la réforme du collège, François Martin, président de la CNARELA, remercie le Président de la République d’avoir répondu favorablement, avec diligence, à la demande d’audience commune des associations professionnelles représentant un très grand nombre de collègues du secondaire et du supérieur.

Il rappelle que trois demandes d’audiences ont été envoyées à l’ancien Président de la République, François Hollande, qui n’a jamais reçu nos associations et a toujours renvoyé les courriers à la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Nous voyons donc dans cette première rencontre un changement certain qui, nous l’espérons, sera accompagné de mesures sérieuses et efficaces pour l’enseignement des langues anciennes et du français dans l’école de la République.

Thierry Coulhon précise que le Président de la République a tenu à nous recevoir car ses engagements pour l’éducation dans sa campagne étaient clairs. Il nous précise qu’un conseiller en charge de l’enseignement secondaire sera nommé prochainement. Il s’engage à faire part de nos échanges à cette personne.

François Martin propose d’aborder en premier lieu le collège, en particulier la réforme de 2016 et la publication du nouvel arrêté du 16 juin 2017, puis le lycée et l’enseignement supérieur (CPGE, université et concours) avant de conclure sur les propositions que souhaitent soumettre les associations.

I. Collège

François Martin rappelle brièvement la situation des langues anciennes dans l’enseignement secondaire avant la réforme, leur statut de disciplines optionnelles, présentes dans les grilles horaires, en théorie ouvertes à tous, selon les textes officiels, mais en réalité mises à mal par des horaires non fléchés et les positions hiérarchiques, souvent dogmatiques, qui entravent l’action des professeurs, des élèves et des familles.

Il aborde ensuite la réforme du collège de 2016, véritable travail de sape des enseignements de langues anciennes. Les combats menés par nos associations ont permis de sauvegarder quelques heures via des « enseignements de complément » en latin et en grec ancien, qui n’étaient pas prévus dans les premières annonces. La réforme n’a pas été l’occasion d’en finir avec les difficultés administratives que rencontrent les langues anciennes, malgré les interventions de la CNARELA depuis de nombreuses années, comme celles des associations présentes : les horaires ne sont toujours pas fléchés, les enseignements de latin et de grec ancien sont toujours mis en concurrence avec d’autres dispositifs pris sur la marge horaire.

Le 16 juin 2017, un nouvel arrêté a été pris par le nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer. Cet arrêté témoigne manifestement d’un changement d’orientation dans la politique éducative par rapport au dernier quinquennat. Nous nous en félicitons et prenons acte de la volonté de redonner leur place légitime aux langues anciennes dans la scolarité et de proposer une première traduction de l’un des engagements du Président de la République à ce sujet.

Cependant, vu la date à laquelle cet arrêté a été publié, nos inquiétudes subsistent : la rentrée est préparée depuis longtemps dans les établissements et un tel texte crée l’effet inverse de celui que l’on pourrait espérer. Nous pouvons, entre autres, donner l’exemple d’une collègue de l’académie de Créteil, qui a déjà dû faire face à des refus d’inscription en latin l’année dernière et se retrouve dans une situation identique cette année, malgré le soutien de son chef d’établissement car le rectorat refuse d’accorder une dotation horaire spécifique, pourtant signalée à l’art. 5 de l’arrêté. Dans d’autres cas, les chefs d’établissement refusent de revoir les DHG votées en mars. La concurrence avec les dédoublements de classes ou les autres disciplines optionnelles ajoute encore du désordre après une année très éprouvante pour nos collègues et nous le déplorons.

François Martin rappelle que plusieurs de nos associations ont demandé une audience au ministère de l’Éducation nationale et souhaitent rencontrer le ministre dès que possible pour mettre en place des moyens réels qui redonnent aux professeurs de Lettres classiques la possibilité de faire leur travail dans les meilleures conditions. L’arrêté ne règle pas de nombreux problèmes que nous évoquons, en particulier les tournures telles que « dans la limite de », dont l’interprétation reste incertaine.

Nous demandons donc :
– des textes très clairs, lisibles par tous sans qu’ils puissent prêter à des interprétations divergentes. Nous rappelons que la DGESCO et le Cabinet n’avaient pas du tout la même lecture de l’expression « dans la limite de » de l’ancien décret, l’une signalant qu’il était possible de faire moins que l’horaire maximum prévu, l’autre disant qu’il n’y avait pas de négociation sur l’horaire présenté dans l’arrêté, seul argument repris dans un compte rendu d’audience qui a permis à la plupart de nos collègues de conserver les horaires présentés (1h-2h-2h) ;

– le retour aux grilles officielles prévues par les arrêtés publiés au JORF du 10/2/2002 (5e et 4e) et du 7/6/2004 (3e), puisque, selon le dernier arrêté, le latin et le grec sont bien redevenus des « enseignements optionnels ». Les parents et les élèves doivent pouvoir lire clairement quels dispositifs sont offerts, pour tous, sur l’ensemble du territoire ;

– des horaires fléchés, pour que les enseignements de latin et de grec ancien ne dépendent définitivement plus du bon vouloir des chefs d’établissement et des situations locales. Seule une politique volontariste permettra d’engager une diffusion plus large des langues anciennes, comme cela fut le cas en 1996 lors de l’ouverture du latin en 5e, ou encore lors de l’augmentation à 3 du coefficient au baccalauréat, mesures prises après intervention de la CNARELA qui ont immédiatement entraîné des hausses des effectifs ;

– des horaires décents, qui commencent à refaire leur apparition, en 4e et 3e. Nous nous interrogeons sur l’absence de prise en considération de l’horaire de 5e, resté à 1h, alors qu’il est prioritaire pour nos collègues (la CNARELA remet à ce sujet les motions votées en assemblée générale) ;

– l’accès pour tous ceux qui le souhaitent, mentionné dans les anciens textes, doit l’être aujourd’hui aussi, mais il doit surtout être appliqué effectivement. On doit donner aux professeurs les moyens de faire leur travail : enseigner les disciplines pour lesquelles ils ont été recrutés, sans avoir constamment à se battre contre l’institution qui les emploie. Les élèves les plus défavorisés doivent être mieux considérés et il faut cesser d’interdire à des élèves dits en difficulté de retrouver confiance en eux avec les langues anciennes. SEL suggère qu’une initiation au latin soit proposée dès la 6e dans les zones défavorisées.

Thierry Coulhon entend nos remarques et prend note des difficultés soulevées. Il indique que l’arrêté a été pris pour montrer l’engagement du nouveau gouvernement dans une politique éducative différente et précise que les mois qui viennent permettront des discussions. Il nous assure qu’on sort du discours sur l’élitisme des langues anciennes.

II. Lycée

François Martin fait ensuite part des résultats d’un sondage récent proposé par la CNARELA et les ARELA au niveau du lycée : trop de lycées ne respectent pas les textes officiels sur les horaires ; les difficultés qu’on rencontre au collège sur les moyens alloués sont les mêmes, puisque ces horaires doivent être pris sur la marge. Les regroupements de niveaux empêchent les élèves de progresser normalement et les inégalités le jour de l’examen peuvent être très grandes, ce qui est inacceptable.

La série technologique est ensuite abordée. Nous informons que les élèves de cette série ne peuvent toujours pas présenter les options de latin et de grec ancien au baccalauréat, alors qu’ils en avaient la possibilité avant la réforme Châtel. Ce point n’est toujours pas réglé.

Concernant la mise à disposition, pour les examinateurs, des listes de bac en langues anciennes quelques jours avant l’épreuve, l’ancien ministère a apporté des réponses atterrantes aussi bien au niveau de la DGESCO (Florence Robine parlant de non-respect d’anonymat à l’oral), qu’au niveau du cabinet, (Agathe Cagé n’ayant pas connaissance des textes qui concernent les listes de français diffusées avant les épreuves, pourtant accessibles par simple lecture du Bulletin Officiel).

Romain Vignest, président de l’APLettres, souligne le rôle crucial de la classe de 2de et signale l’éparpillement des enseignements dans ce niveau. Il demande qu’une réflexion soit réellement engagée sur la formation intellectuelle des lycéens et la place que doivent occuper les disciplines pour diffuser des éléments aujourd’hui dispersés dans des enseignements d’exploration, qui sont pour la plupart, non pas des disciplines, mais des thématiques pouvant être abordées dans le cadre du cours disciplinaire. Ces enseignements, d’exploration, dont l’intérêt réel doit être évalué, font une concurrence parfois très discutable aux disciplines avérées et intellectuellement éprouvées que sont les langues anciennes, que les élèves abandonnent trop souvent à l’entrée au lycée pour s’assurer, à travers l’enseignement d’exploration choisi, d’être dans une « bonne » classe de 2de et poser une option sur leur future 1re. Or, du maintien, de la 3e à la 2de, d’un vivier important de latinistes et d’hellénistes, dépend en outre la place que l’on pourra envisager pour les langues anciennes en série littéraire.

Florence de Caigny, vice-présidente de l’APFLA-CPL, rappelle un constat : très peu d’élèves de la série L étudient une langue ancienne, or beaucoup d’étudiants de CPGE littéraires (où une langue ancienne est obligatoire en hypokhâgne AL, ou en hypokhâgne Chartes) proviennent de la filière L. Les étudiants grands débutants sont donc de plus en plus nombreux. Elle souligne, plus généralement, les difficultés rencontrées alors en raison du défaut de maîtrise de la langue et de la grammaire françaises : il est urgent que cette maîtrise redevienne une priorité.

Estelle Manceau, trésorière de SLL, précise que les horaires de français au lycée, au collège et également dans le primaire, n’ont cessé de diminuer depuis des années pour être remplacés par des dispositifs qui ne permettent pas aux élèves d’acquérir les connaissances suffisantes pour maîtriser la langue (Cf. enquête de Sauver les lettres). Elle fait aussi part du discours de culpabilisation tenu en cas de faible effectif en CPGE par certains personnels de direction qui opposent les enseignants les uns aux autres : les langues anciennes sont accusées de consommer des heures pour trop peu d’élèves au détriment des classes plus nombreuses. De telles positions n’encouragent pas le développement de la filière classique.

Monique Trédé, présidente de SEL, demande que l’on se penche sérieusement sur l’enseignement du français, terriblement mis à mal ces dernières années. Elle s’interroge sur le rôle de l’Inspection générale qui a été totalement muette sur la réforme, qu’il s’agisse de l’organisation des enseignements ou des programmes. Elle demande qu’on en finisse avec l’hypocrisie du système et que la langue française redevienne une priorité. Le but premier de l’école est l’acquisition des savoirs. Pour déceler les talents et fournir à tous des bases suffisantes, les efforts portant sur le primaire sont fondamentaux. L’allègement perpétuel des programmes ne favorise nullement l’égalité des chances. Le savoir doit être remis au centre de l’école et les efforts sur le primaire doivent être considérables.

Romain Vignest ajoute que, de l’enseignement de la grammaire à l’école primaire à la politique francophone de la France en passant par la place des langues anciennes au collège et au lycée, c’est la vitalité et le rayonnement de la langue française qui sont en jeu.

Thierry Coulhon note le poids de l’argument.

Marie-Rose Guelfucci, présidente de l’APLAES, insiste sur la lisibilité dans le parcours collège-lycée- université : elle attire l’attention sur ce qui est proposé dans les établissements privés qui suppléent les manques du public. Elle dénonce le tarissement des pôles littéraires à l’heure actuelle dans les universités et, pour les langues anciennes, le risque imminent d’un manque de professeurs de latin et de grec, faute de candidats en nombre suffisant dans les filières du supérieur, car on rend les parcours difficiles dans le secondaire public et l’on ne soutient pas suffisamment les disciplines littéraires dans les universités. Les étudiants peuvent commencer les deux langues anciennes à l’université aujourd’hui. Elle réaffirme le besoin d’une volonté politique pour soutenir les langues anciennes. Pour éviter des moyens extrêmes (formation accélérée de professeurs de latin, par exemple, venant d’autres disciplines) qui viseraient à pallier le manque de professeurs de latin à un moment où l’enseignement des langues anciennes retrouve une véritable place, il faut repenser les formations universitaires pour les Lettres modernes notamment, qui peuvent parfois être amenés à enseigner le latin sans l’avoir présenté au CAPES (puisque cette langue n’est qu’une option parmi d’autres, et seulement à l’oral), voire, dans certains cas, sans l’avoir véritablement étudié dans leur cursus. Par ailleurs, l’opinion pense trop souvent que les formations Lettres classiques ont été fermées ou n’existent plus. Marie-Rose Guelfucci donne l’exemple du rassemblement « Odyssée 24 » qui, à l’occasion du Festival européen Latin Grec, a finalement eu lieu dans le monde entier pour lire un chant de l’Odyssée d’Homère, au choix, le 24 mars à 10h. Reprise dans le cadre de l’opération « Lettres hors les murs » lancée par l’APLAES pour faire connaître à l’extérieur de l’université les formations littéraires (lectures, points d’information, points recherche) cette manifestation a, comme d’autres, suscité l’intérêt et la curiosité des auditeurs, qui ont posé des questions sur des formations qu’ils pensaient disparues. Nous avons besoin de retrouver plus de visibilité et un vrai soutien politique.

Thierry Coulhon sait que la filière est fragile. Le changement devrait pourtant être favorable à nos disciplines. Quand on s’intéresse aux grandes universités des autres pays, telles Oxford ou Columbia, les départements de classics sont incontournables.

Nous insistons sur le lycée : les cours de latin et de grec ancien au lycée sont les seuls moments où les filières sont mélangées entres elles et n’ont pas de cours spécifique à leur dominante. L’échange entre élèves n’en est que plus intéressant car les points de vue ne sont pas les mêmes. Il faut garder cette spécificité.

Nous mettons en avant également une réflexion nécessaire sur la filière littéraire : la précédente réforme, censée la revaloriser, a été un échec cuisant. Il faut poser les bases d’un nouveau parcours littéraire solide qui assure de nombreux débouchés dans le supérieur.

III. Supérieur

Florence de Caigny rappelle qu’une langue ancienne est obligatoire en CPGE AL, en plus de l’heure de culture antique. Les étudiants sont de plus en plus rares à choisir l’option Lettres classiques à l’issue de l’hypokhâgne car les formations du secondaire ne sont pas suffisamment assurées pour permettre de créer un vivier important de candidats et les étudiants sont trop souvent grands débutants dans les deux langues anciennes. Par voie de conséquence, la recherche et l’enseignement en souffrent.

Estelle Manceau souligne que la situation est particulièrement cruciale dans les petites CPGE : la seule option « lettres classiques » en khâgne dans le 93 a des difficultés de recrutement, car de nombreux élèves n’ont étudié aucune des deux langues anciennes dans le pré-bac.

Marie-Rose Guelfucci signale les difficultés qu’entraîne l’éloignement des formations pour les étudiants et les incertitudes sur le maintien des filières qui les font s’inscrire en Lettres modernes parfois ou dans d’autres disciplines. Les bourses ne sont pas non plus suffisantes. Il faut garder une offre importante sur tout le territoire : ce ne sont pas seulement les filières de Lettres classiques qui sont en jeu et le vivier de chercheurs en langues anciennes, mais toutes les disciplines qui ont fondamentalement besoin du latin et du grec dans leur cursus et en recherche (histoire ancienne, histoire de l’art, philosophie, droit).

Elle fait part des difficultés des chercheurs, jeunes et moins jeunes, souvent très brillants, pour obtenir un poste dans le supérieur, faute de moyens des universités (postes et chaires de latin et de grec, même internationalement reconnues, supprimées ou redéployées dans d’autres disciplines). Elle mentionne la place trop relative faite aux SHS dans les projets d’excellence (hors projets blancs).

Monique Trédé évoque le CNRS et les dispositifs de détachement qu’il permet, dispositifs qui, en lettres et sciences humaines sont souvent plus utiles que des postes pérennes.

Thierry Coulhon rappelle que l’université se gère elle-même. Les universités ne peuvent pas aujourd’hui ne pas tenir compte des effectifs mais elles peuvent aussi faire des choix. Thierry Coulhon évoque les grands pôles qui permettent de favoriser des disciplines à l’intérieur de l’université.

Il revient sur les propos de Monique Trédé et assure que la place du primaire et le savoir au centre de l’école sont au cœur des préoccupations du Président de la République et du ministre.

François Martin souligne que dans les concours, l’agrégation de grammaire et l’agrégation de Lettres classiques indépendante sont maintenues mais le CAPES de Lettres classiques a été absorbé dans un CAPES de Lettres à options, qui fait disparaître progressivement la formation classique. L’APLAES comme la CNARELA avec le soutien des autres associations demandent le rétablissement du CAPES de Lettres classiques indépendant (la CNARELA et l’APLAES ont d’ailleurs voté plusieurs motions à ce sujet). Marie-Rose Guelfucci précise qu’une réflexion sur les parcours des étudiants de Lettres doit être engagée, en particulier autour de la question du latin.

Florence de Caigny intervient enfin sur l’agrégation ouverte aux docteurs, qui, en section Lettres modernes, ne comprend aucune épreuve de latin alors que l’agrégation externe impose une version. Elle signale l’absence de toute agrégation de Lettres classiques dans cette nouvelle voie d’accès, absence discriminante pour les docteurs en latin ou en grec.

Propositions

François Martin rappelle que les associations présentes ont pour but premier de promouvoir les enseignements de grec ancien, de latin et de français mais que les nombreuses attaques les obligent souvent à avoir une position défensive.

Il reprend les propositions déjà présentées à l’ancien gouvernement, qui ne les a aucunement étudiées :
– un horaire revu de français dans l’ensemble de la scolarité en général, et en 6e en particulier où il faudrait consacrer 1h par semaine à la culture antique et aux langues qui la transmettent (en lien avec les thèmes d’histoire, entre autres) ; l’APLettres demande plus précisément une heure de latin pour tous dès ce niveau où l’enseignement de la grammaire flexionnelle vienne appuyer celui des fonctions et l’enseignement des racines

celui du lexique français ;
– un enseignement du latin accessible à tous ceux qui le souhaitent en 5e, poursuivi sur l’ensemble du cycle 4

(5e, 4e, 3e) ;
– un enseignement du grec ancien ouvert dès la 4e (ou un horaire qui laisse une liberté sur le cycle 4 pour être

modulé en fonction des projets locaux) ;
– faciliter l’accès aux langues anciennes au lycée et simplifier les parcours des élèves des différentes séries qui prennent ces options et ouvrir de nouvelles perspectives pour une filière littéraire renforcée ;
– que nos associations, les plus représentatives dans l’enseignement littéraire, soient associées aux futures réflexions pour les aménagements au collège, au lycée et dans le supérieur. Tous les collègues doivent être consultés. Nous n’acceptons plus les groupuscules formés d’« experts », qui trop souvent ne sont plus devant les élèves et ne tiennent aucun compte des remarques des professeurs qui sont sur le terrain.

Thierry Coulhon transmettra nos remarques à Christophe Kerrero, directeur de Cabinet du ministre.

Romain Vignest remet l’Appel de l’APLettres pour l’avenir des langues anciennes, signé par de nombreuses personnalités éminentes et nos associations en mai 2015.

L’audience se termine à 16h30.

APFLA-CPL (Association des Professeurs de Français et Langues Anciennes en Classes Préparatoires Littéraires) www.apfla-cpl.com

APLAES (Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur) www.aplaes.org

APLettres (Association des Professeurs de Lettres) www.aplettres.org

CNARELA (Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes) www.cnarela.fr

SEL (Sauvegarde des Enseignements Littéraires) www.sel.asso.fr SLL (Sauver Les Lettres) www.sauv.net

Motion du 16 juin 2017 prise en Sorbonne par l’Assemblée générale de la Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université

Motion du 16 juin 2017
prise en Sorbonne par l’Assemblée générale de
la Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université

Au moment où se mettent en place dans les universités les préparations au capes externe d’histoire géographie et à l’agrégation externe d’histoire, l’assemblée générale de la SoPHAU réunie en Sorbonne le 16 juin 2017 tient à rendre publiques les conclusions de ses débats sur les nouveaux programmes d’histoire anciennes publiés les 24 mars et 21 avril 2017 (session 2018).

La SoPHAU regrette que son avis argumenté en faveur d’une question d’histoire grecque, qui se justifiait pleinement scientifiquement, n’ait pas été entendu : le choix d’associer histoire grecque et histoire romaine sur cette question risque d’être dommageable pour les candidats, car la nature des sources disponibles sur le volet grec et sur le volet romain n’est pas comparable. Les lettres de cadrage entretiennent de surcroît le flottement sur des questions scientifiques de fond.

La SoPHAU regrette aussi la publication de deux intitulés différents de ce programme. Cette disjonction amplifie encore la séparation de fait des deux concours liée à l’abandon des quatre périodes historiques au CAPES externe. La SoPHAU renouvelle ici sa demande de retour aux quatre périodes au CAPES externe.

Soucieuse de préserver l’égalité républicaine entre les centres de préparation aux concours dans l’ensemble du territoire national (métropole et outre-mer), la SopHAU s’inquiète des conséquences du retard pris dans la mise en œuvre du programme d’histoire ancienne aux deux concours: faute d’indications, les préparateurs ne sont actuellement pas en mesure de guider les étudiants dans leur préparation estivale.

La SoPHAU adresse donc aux directoires des deux concours les questions suivantes auxquelles elle souhaite obtenir rapidement des réponses précises et documentées.

•La préparation à l’écrit doit-elle s’orienter vers une approche comparatiste de la question ? Si oui, quelle méthodologie est attendue des candidats pour une « dissertation d’histoire comparée » ou un « commentaire d’histoire comparée » ? •A l’écrit de l’agrégation, des sujets de dissertation et d’explication de documents mettant en œuvre séparément histoire grecque ou histoire romaine sont-ils envisageables ?

•Qu’en sera-t-il des oraux, notamment à l’agrégation : les étudiants doivent-ils se préparer à des épreuves d’histoire comparée avec des dossiers associant systématiquement des éléments d’histoire grecque et d’histoire romaine ? Et là encore, quelle méthodologie est attendue ?

•Qu’en est-il de la bibliographie générale habituellement publiée dans Historiens et Géographes et habituellement disponible dès septembre ? Est-elle en cours ou l’idée en a-t-elle été abandonnée ?
•Pour combien d’années ce programme est-il prévu, notamment au CAPES, eu égard à la rotation des périodes ?

•Considérant la tâche demandée aux étudiants et à leurs préparateurs, dans des conditions inédites de flottement méthodologique, la SoPHAU demande aux directoires des deux jurys d’assumer rapidement leurs responsabilités en matière de clarification. Il en va de l’honnêteté même de concours républicains auxquels nous sommes profondément attachés.

(Motion adoptée en assemblée générale à l’unanimité moins une abstention)

Antiquité-Avenir s’adresse au président de la République et au gouvernement

A la suite de l’élection présidentielle et de la formation du gouvernement au mois de mai 2017, Antiquité-Avenir a adressé au président de la République et aux ministres du gouvernement les plus concernés un dossier de recommandations et de réflexion intitulé “Pour une Antiquité de l’émancipation et du dialogue interculturel. L’Antiquité pour l’avenir de notre cohésion nationale”.

En voici une version au format pdf : dossier à l’attention du président de la République et du gouvernement

 

Déclaration du directoire d’Antiquité-Avenir à la veille du second tour des élections présidentielles

Antiquité-Avenir, Réseau des Associations liées à l’Antiquité ne s’apparente pas à un parti politique et n’a pas vocation à donner de consigne de vote. Néanmoins, le directoire d’Antiquité-Avenir tient à rappeler que la charte du réseau, comme sa tribune du 30 mars 2017 expriment des valeurs républicaines et humanistes opposées à celles qu’affiche Madame Le Pen.

Lettre des associations d’historiens aux candidats à l’élection présidentielle

Madame, Monsieur le/la candidat.e. à l’élection présidentielle,

Les soussignés, présidents d’associations professionnelles d’historiens, agissent avec leurs pairs pour la défense et le rayonnement de la discipline historique, dont il n’est pas nécessaire de rappeler le rôle fondamental qu’elle joue dans la formation du citoyen. C’est pourquoi, à l’approche d’une échéance essentielle dans la vie démocratique de notre pays, ils vous interpellent afin de connaître votre position sur les points suivants :

– L’histoire est mobilisée, et parfois instrumentalisée, par et dans le discours politique. Si cette discipline n’appartient à personne, elle est toutefois au cœur de la construction de récits nationaux fortement divergents suivant les sensibilités politiques. Quelle doit-être, selon vous, la relation unissant un homme/une femme politique et plus encore un chef d’État avec la production et la diffusion d’un discours scientifique sur l’histoire ?

– Les récents classements internationaux des universités révèlent que la chute des établissements français résulte largement d’un taux d’encadrement des étudiants très inférieur aux moyennes internationales  (source : Le Monde, 2016). Quel est votre plan pour résorber cette pénurie objective de postes dans le supérieur, qui affecte la position de la recherche et de l’enseignement supérieur français et, par voie de conséquence, son attractivité ?

– Nous sommes des enseignants-chercheurs et à ce titre des formateurs. C’est pourquoi nous nous inquiétons vivement du devenir de nos étudiants, en particulier de nos docteurs, dont un trop grand nombre est en situation de précarité. Face à la pénurie criante de débouchés, notamment à l’université et au CNRS, quelles mesures entendez-vous mettre en œuvre pour améliorer la situation et surtout la résorber, en donnant à ces jeunes de meilleures perspectives de carrière en France ?

– Les concours du CAPES et de l’agrégation constituent actuellement la principale voie de recrutement des enseignants du secondaire. Comment voyez-vous l’avenir de ces concours ?

– Un certain nombre de ces docteurs, mais aussi des doctorants, réussissent les concours d’enseignement et travaillent dans des établissements secondaires, collèges ou lycées. Que proposez-vous afin que leur position de chercheur soit prise en compte par les chefs d’établissement, leur permettant ainsi de concilier leur engagement professionnel et la poursuite de leur activité de recherche ?

– Les bibliothèques universitaires constituent l’un des outils privilégiés par les étudiants durant la totalité de leurs études. Or, à bien des égards, nombre de ces bibliothèques sont dans une situation financière déplorable, tant en moyens humains (manque de personnel, réduction des horaires d’ouverture) qu’en moyens financiers (réduction de l’achat d’ouvrages ou des abonnements à des bouquets numériques). Quelles solutions envisagez-vous afin de remédier à cette carence très dommageable pour la formation de nos étudiants ?

Madame, Monsieur, le/la candidat.e à l’élection présidentielle, nous vous remercions par avance de l’intérêt que vous voudrez bien porter à ces quelques questions. Nous porterons vos réponses à la connaissance des membres de nos associations, attachées au développement et au rayonnement de la formation universitaire de haut niveau dont notre pays a besoin dans un environnement international de plus en plus concurrentiel.

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur, l’expression de notre haute considération.

Catherine Grandjean, Présidente de la SoPHAU : Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université
Dominique Valérian, Président de la SHMESP : Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public
Lucien Bély, Président de l’AHMUF : Association des Historiens Modernistes des Universités Françaises
Jean-Claude Caron, président de l’AHCESR : Association des Historiens Contemporanéistes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Cette lettre ouverte a été publiée sur le site Internet de la SoPHAU à l’adresse suivante :
Lien vers la lettre ouverte

Lettre de l’APLAES aux candidats à l’élection présidentielle

ASSOCIATION DES PROFESSEURS DE LANGUES ANCIENNES DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

LETTRE OUVERTE AUX CANDIDATS à l’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Marie-Rose GUELFUCCI
Présidente de l’APLAES,
3 rue Garibaldi, 25 000 – Besançon                                                              marie-rose.guelfucci@univ-fcomte.fr

                                              Le 18 avril 2017,

Madame, Monsieur,

Vous êtes candidate ou candidat à la Présidence de la République et briguez ainsi les plus hautes responsabilités de l’État. Or, à quelques jours du premier tour de l’élection et à quelques semaines de la prise des plus hautes fonctions par celui ou celle qu’aura désigné(e) le suffrage universel, l’absence persistante dans les débats des questions pourtant essentielles que sont l’éducation et l’enseignement supérieur ne laisse pas d’être surprenante. Car il s’agit là de la formation de notre jeunesse et des citoyens de demain, mise à mal depuis des années, de gouvernements en gouvernements, par une succession de réformes décidées et appliquées trop vite, et sans concertation véritable avec les acteurs de terrain. Concernant plus particulièrement l’Université, l’APLAES (l’Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur) tient donc à vous alerter contre des idées erronées et contre des mesures qui, figurant largement dans plusieurs programmes, méconnaissent les réalités du terrain comme les qualités du système français, largement reconnues cependant par nos collègues étrangers.

Comme tous les universitaires, nous sommes enseignants chercheurs, avec une triple mission aux éléments étroitement complémentaires : la formation initiale ; la formation continue ; la recherche – recherche de fond dans nos domaines de spécialité, ou recherche à durée très déterminée dans le cadre de projets régionaux, d’appels à projets européens et internationaux, ou de projets spécifiques conduits au sein de nos équipes de recherche. Malgré les difficultés croissantes, qui portent parfois atteinte à ces missions, l’Université s’efforce de remplir au mieux son rôle, mais non sans des dégâts qu’une réelle volonté politique pourrait éviter :

– Concernant la formation et l’initiation à la recherche en Langues anciennes, à la vitalité bien réelle, nous mettons en garde contre une erreur extrêmement grave ou un moyen d’économie mal pensé, qui visent à justifier des mesures de fermeture progressive ou de maintien très partiel, sous forme d’enseignements optionnels, des départements de Langues anciennes ou Langues et Cultures de l’Antiquité : la dissociation, s’agissant des effectifs, des étudiants de Lettres classiques et des étudiants d’autres filières qui, pour leur cursus, leur (initiation à la) recherche ou leurs métiers futurs, ont absolument besoin d’être formés aux langues grecque et latine et aux textes dont elles donnent la clef – historiens, historiens de l’art, philosophes, étudiants en langues romanes ou sciences du langage, juristes entre autres exemples. Imaginerait-on, pour l’histoire ou la civilisation américaines par exemple, une formation des étudiants sur textes traduits, dissociant celles-ci de la langue ? Il y a là un risque très grave pour les cursus universitaires et la recherche elle-même si l’on assèche ainsi le vivier des chercheurs potentiels. Or ce risque est aggravé en France par la réforme du collège qui, contrairement à ce qui est avancé, ne maintient pas pour le latin un enseignement fléché et des heures précisément réservées, et par l’impossibilité faite à de trop nombreux élèves de poursuivre au lycée. À l’université, une formation spécifique en Lettres classiques, avec ses disciplines fortes que sont la littérature française, le latin et le grec, mais également les sciences de l’Antiquité, peut (avec des unités disciplinaires de latin et de grec généralement ouvertes aux étudiants d’autres filières) et doit être maintenue. Car si motivés et volontaires que soient nos étudiants – de toutes filières –, l’écart ne peut que se creuser avec les étudiants européens — et cela devient perceptible dans les cours et séminaires fréquentés par les étudiants Erasmus. En matière de formation, est-ce en outre le moment, dans les dangers actuels, de renoncer à donner la connaissance de langues et de civilisations qui, à l’origine de notre culture et de nos valeurs et aptes à les faire comprendre, sont aussi un socle commun et un pont si important entre les langues et les civilisations d’aujourd’hui ?
Nous sommes conscients des contraintes économiques, mais il y a là un choix politique nécessaire, et il est de la première importance de préserver au niveau national dans nos universités, et tout particulièrement dans les universités pluridisciplinaires, des Pôles littéraires forts sans lesquels une université ne saurait plus être elle-même – ce pourrait être une question de dotations spécifiques à définir. Au-delà des Langues anciennes, ce choix politique vaut pour toutes les disciplines qui, dans le domaine des Sciences humaines et sociales (SHS), construisent une culture et une pensée tout en donnant un métier : la philosophie, l’histoire ancienne et médiévale, la musicologie, l’italien ou l’allemand, étonnamment menacés de disparition à un moment où Erasmus facilite et encourage la mobilité étudiante. L’Université est certes consciente des contraintes et des obligations qui sont les siennes, et son rôle dans la formation professionnelle est indéniable. Mais s’adressant à de (tout) jeunes adultes, elle n’en doit pas moins rester un lieu de savoir.

– Concernant la recherche elle-même et sa place à l’international, nous vous alertons contre des mesures d’économie dues à des dotations insuffisantes, mesures dont nous faisons en sorte de tenir compte tant qu’elles ne sont pas mécaniquement délétères : celles, par exemple, qui n’établissent aucune priorité, en matière de maintien de postes universitaires, entre un comptage comparatif automatique d’effectifs dans les formations (effectif limité en outre pour les postes en Langues anciennes aux seuls étudiants de Lettres classiques) et une chaire de Professeur, internationalement reconnue et nécessaire parce que rare, mais qui risque ainsi d’être supprimée pour redéploiement ; ou celles qui, adjoignant tel décret restrictif (46.3, par exemple) à la publication d’un poste de Professeur resté unique (souvent à force de redéploiements systématiques dans d’autres disciplines) peuvent, dans la situation actuelle de recrutement insuffisant de maîtres de conférence pourtant brillants, empêcher qu’il ne soit pourvu. Ajoutons qu’en Langues anciennes, la recherche concerne aussi la réception de l’Antiquité, la transmission des manuscrits ou des courants de pensée, et que ces suppressions nuisent donc, de surcroît, à l’efficacité des laboratoires dans leur ensemble.

– Enfin, et sans même parler de la (sur)charge de tâches administratives, non reconnues pour beaucoup, qui touche les universitaires, nous vous alertons sur la souffrance au travail qui a été générée pour tous, personnels et étudiants, y compris en formation continue, par le système incessant des maquettes de formation, faites, défaites et refaites pour s’adapter aux contraintes des COMUE ou à celles des regroupements par grandes régions. Car les contours des COMUE ont pu brusquement changer ou se reconfigurer, et faire ainsi obstacle à des collaborations en formation ou en recherche patiemment créées, tandis que les différents regroupements (COMUE et grandes régions) découragent des étudiants de valeur qui n’ont pas les moyens d’étudier si loin de chez eux, ou viennent imposer aux inscrits en formation continue de travailler à tel endroit en suivant parallèlement cette formation en tel autre – qui n’est proche de leur lieu de travail que dans l’abstraction d’une carte géographique. Si les différentes universités travaillent certes en collaboration avec des universités proches, françaises ou étrangères, et souvent très bien grâce à des accords ou à des cohabilitations, le fait d’imposer par force des cadres généraux ne peut qu’appauvrir le maillage national ou lui nuire. De même, si les différentes universités travaillent avec leurs partenaires régionaux, leur donner les moyens de cette collaboration est bénéfique, mais renforcer leur autonomie par une mesure générale qui ne tient aucunement compte des spécificités existantes et sans leur garder une identité nationale serait un risque sérieux pour la qualité des formations comme pour la recherche. Nous rappelons avec force l’importance, en termes de professionnalisme, de réputation et de garantie d’équité, des instances nationales dans lesquels tous les universitaires peuvent être appelés à siéger, Conseil National des Universités (essentiellement comme membres élus par la communauté universitaire), jurys des concours nationaux de recrutement, ou organismes d’évaluation des formations et de la recherche.

C’est pourquoi nous vous demandons quelles orientations politiques fortes vous comptez définir en matière d’enseignement supérieur et de recherche si vous êtes élu(e), ou appuyer dans le cas contraire, pour préserver sur l’ensemble du territoire :

  • une offre nationale en disciplines dites “rares”, dont les lettres classiques font partie, afin de maintenir, au sein des universités pluridisciplinaires, des Pôles littéraires forts ;
  • la possibilité pour le plus grand nombre d’étudiants de suivre, en complément de sa formation fondamentale, les enseignements de langues, littératures et civilisations anciennes qui lui sont nécessaires ;
  • un vivier de chercheurs et d’enseignants chercheurs en langues anciennes et en sciences de l’Antiquité.Nous voudrions, pour conclure, souligner la fulgurante actualité des textes antiques dans cette étrange campagne présidentielle : le 24 mars dernier à 10h, 5000 lecteurs à travers le monde ont lu en même temps un chant de l’Odyssée de leur choix en toutes les langues et en grec ancien, dans le cadre du festival latin-grec européen et à l’initiative de deux collègues lyonnais. En ce moment où il est tant question de « démocratie grecque » (et où le sens du terme « démocratie » est convoqué et interrogé par tant de discours), nous rappellerons qu’en grec ancien, le terme politeia désigne certes une constitution politique et ses institutions, mais également – et en même temps – les mœurs des citoyens, la philosophie grecque de l’histoire, suivie par les penseurs de la Renaissance italienne et des Lumières, montrant exactement comment et à quel moment les constitutions et les civilisations se perdent avec l’amenuisement, inévitablement humain, des vertus civiques : le courage et la modération de chacun, le désintéressement et le dévouement au collectif des dirigeants politiques (ou des États, à l’international) ; mais la dégénérescence peut être néanmoins retardée par la connaissance et la maîtrise temporaire du processus – celles-là même que l’étude des textes peut donner, s’ils les lisent, aux générations futures.

Pour l’APLAES
La présidente, Marie-Rose Guelfucci

Le « rêve présidentiel » de l’APLettres

Imaginons, le temps de ces quelques lignes, qu’un candidat à l’élection présidentielle ait cure de l’instruction des Français, que, partant, il nous ait écoutés et entendus, et qu’il nomme un ministre de l’éducation nationale compétent et volontaire. Celui-ci veillerait en premier lieu à ce que l’enseignement soit possible. Il affermirait l’autorité de l’Institution et de ses professeurs, parce que le respect du savoir est la condition nécessaire de la démocratie et qu’il faut imposer son prestige aux blandices de l’air du temps, du mercantilisme ou du fanatisme. Il exigerait par conséquent qu’une stricte discipline règne dans les établissements, parce qu’il aurait compris que, loin de brimer les élèves, elle est indispensable à leur sérénité, donc à leur émancipation. Et, comme pour apprendre il faut aussi du temps, il rendrait aux disciplines les heures dispersées et gaspillées en des dispositifs prématurément « interdisciplinaires » assurément vains ou vaniteux ; il rendrait notamment au français toutes les heures perdues depuis quarante ans et réparerait la mutilation barbare dont les langues anciennes viennent d’être victimes. Il ne prendrait d’ailleurs pas sur les heures de cours les moyens d’aider les élèves en difficulté et ne chargerait pas l’école de résoudre les difficultés qui ne sont pas d’ordre pédagogique. Il ouvrirait les classes de mise à niveau pour les non francophones, d’autres pour ceux que leur parcours avait déscolarisés et retardés ; il commettrait à l’étude du soir des étudiants compétents et des professeurs honoraires au tutorat d’élèves désorientés. Il veillerait à ce que le ramassage scolaire ne soit pas un temps d’abrutissement sonore et à ce que les sorties, voyages, activités parascolaires soient des moments de dépaysement dans l’élévation. Enfin, il ne ferait pas d’un prétendu socle commun une geôle collective au plafond trop bas, mais il assurerait à tous des bases solides, les fondations sur lesquelles chacun pourrait se construire, dans des établissements où l’on irait sans hiérarchisation inepte, parce le calme y permettrait l’excellence, qu’elle soit classique, technologique ou professionnelle. Ce cadre mis en place, il prendrait soin de le nourrir de programmes consistants et pertinents, qui n’imposeraient pas une pédagogie sectaire, qui ordonneraient l’apprentissage progressif et méthodique des connaissances, de manière qu’elles se cumulent et s’articulent. Il demanderait ainsi que la grammaire bénéficie d’un temps spécifique et systématique, que l’orthographe ne soit pas négligée, que le vocabulaire soit méthodiquement et continûment enrichi, que la littérature soit précocément et intelligemment fréquentée, les auteurs connus et le contexte éclairé, la forme dégustée en étant toujours rapportée au sens – il ne voudrait pas qu’on obtînt son brevet sans conjuguer le subjonctif, ni son bac sans savoir expliquer Racine. Il saurait forcément que le latin n’est pas seulement à l’origine du français, mais qu’il en est pour ainsi dire la matrice continuée ; aussi tiendrait-il à ce que tous les élèves y aient été initiés en Sixième, que nombreux soient ceux qui en poursuivraient l’étude et aborderaient celle du grec ancien, de sorte que l’on pourrait recréer au lycée une vraie série littéraire, où l’on étudierait forcément les textes antiques. Car il aurait à l’esprit que la connaissance intime, étayée autant que possible sur celle des Anciens, de la langue et le la littérature françaises peut seule éviter les replis communautaires et l’uniformisation mercantile, la fortune des démagogues et la violence des guerrres civiles. Il aurait compris que la République n’est pas sans son école – ni la France sans sa langue…

Romain Vignest

Cet éditorial a été publié sur le site de l’APLettres à l’adresse suivante :

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Adresse des Clionautes aux candidats à l’élection présidentielle

Les déclarations multiples des candidats à l’élection présidentielle ayant trait à l’histoire (roman national, appréciations diverses sur la colonisation, etc.), ont conduit les Clionautes à les interroger sur les différents points qui concernent le champ de compétences des professeurs d’histoire et de géographie et dont certains concernent l’Antiquité.

Placée sous le patronage de Condorcet, cette adresse figure sur le site des Clionautes à l’adresse suivante :

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