Archives de catégorie : Les membres du réseau signalent

CR BRESSON_J. Sella_Tenir le loup par les oreilles. Prendre le pouvoir et le conserver dans la Rome impériale des premiers siècles

Jérôme Sella, Tenir le loup par les oreilles. Prendre le pouvoir et le conserver dans la Rome impériale des premiers siècles, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020, 584 p.

Alors qu’en 509 av. J.-C., les Tarquins sont chassés de Rome et que le pouvoir personnel semble être rejeté, celui-ci apparaît concentré, sous la République, aux mains d’une poignée d’hommes. Au moment même où l’Empire s’élargit, des volontés personnelles voient le jour, si bien qu’Auguste parvient à arriver au pouvoir seul. C’est cette borne que l’auteur choisit pour débuter son étude des pratiques d’obtention, de contrôle et de conservation du pouvoir à Rome, étude qui constitue la version remaniée d’une thèse de doctorat. L’étude, organisée de manière chronologique, s’intéresse d’abord aux Julio-Claudiens, puis aux Flaviens et elle prend fin avec les Antonins. Les sources, principalement littéraires, sont les suivantes : Tacite, Sénèque, Nicolas de Damas, Velleius Paterculus, Philon d’Alexandrie, Flavius Josèphe, Plutarque, Dion Cassius ou encore l’Histoire Auguste. Les monuments, en eux-mêmes, révèlent certains traits des empereurs, de même que quelques inscriptions, des mutilations de monnaies ou de statues, ou encore des graffitis.

Voici le compte rendu d’Adrien Bresson:

CR_BRESSON Jérôme Sella_Tenir le loup par les oreilles

 

CR_Itinéraire d’un masque_Philippe Brunet

Philippe Brunet, Itinéraire d’un masque, Lausanne, Favre, 2022, 190p.

Suite à la censure de sa pièce Les Suppliantes par des militants  » antiracistes « , Philippe Brunet nous livre sa réflexion sur l’importance de préserver le théâtre des Grecs qui met en scène des problématiques toujours d’actualité.

Il y a 2500 ans, on n’avait pas imaginé qu’un jour Eschyle serait censuré à Paris. C’est arrivé en 2019. La troupe de théâtre antique Démodocos, menée par Philippe Brunet, allait jouer pour la troisième année ses Suppliantes, en Sorbonne. Les masques des Danaïdes, ces réfugiées égyptiennes du mythe, étaient prêts pour le festival des Dionysies. Mais le soir du spectacle, le 25 mars, la Sorbonne fut bloquée par des étudiants et des militants anti-racistes.
La troupe aurait eu le tort de maquiller jusque-là ses comédiens, de leur foncer la peau, de se livrer à une pratique raciste dite de blackface. Deux jours avant la représentation empêchée, alerté de menaces de blocage alors qu’il était en pleine lecture publique de sa traduction de l’Iliade d’Homère, le metteur en scène avait tenté, sur facebook, de désamorcer les polémiques :  » Le théâtre est le lieu de la métamorphose, pas le refuge des identités « . En vain.
Dans le fond, deux ans après l’affaire des Suppliantes, on ne sait si le théâtre de la cité, malmené par la censure, survivra aux traitements de choc de la crise sécuritaire et sanitaire et à son triste corollaire, le numérique global. C’est l’occasion pour l’helléniste de revenir sur son parcours et de s’interroger sur ce qui reste, selon lui, totalement occulté dans les débats : qu’y a-t-il de si précieux à sauver du théâtre des Grecs ?

Voici le compte rendu d’Emilia Ndiaye :

CR_Itinéraire d’un masque Philippe Brunet

CR_C. Vulliard_M. Alphant_ »César et toi »

Marianne ALPHANT, César et toi, Paris, P.O.L., 2021, 336 p. 

« Je suis César recueillant ces restes comme d’autres l’ont fait : arpentant la terre, relisant La Guerre des Gaules, croisant ici Napoléon III, plus loin Shakespeare ou Guillaume II, Suétone, un révolver, des chevaux qui pleurent, Bernadette Soubirous, un amateur de geocaching. »
Cette phrase ainsi que le titre lui-même, César et toi, résument bien l’entreprise de Marianne Alphant : il s’agit de suivre le parcours de César, en particulier lors de la conquête de la Gaule, et de confronter ce parcours aux traces diverses qu’il a laissées dans le « Toi », c’est-à-dire à la fois la narratrice et le lecteur ou la lectrice, surtout s’ils ont lu ou traduit le général-écrivain. Il ne s’agit donc pas d’une biographie stricto sensu, mais d’une lecture personnelle de cette vie, à partir de détails que la narratrice juge significatifs pour évoquer le personnage et son histoire, en 49 courts chapitres. Le propos est de recueillir quelques débris, des reliques – au sens étymologique, mais aussi au sens religieux pour certains – pour essayer de reconstruire une histoire des peuples vaincus..

Voici le compte rendu de Christine VULLIARD:

CR_C. Vulliard_M. Alphant_César et toi

CR_Filippo RONCONI, Aux racines du livre. Métamorphoses d’un objet de l’Antiquité au Moyen Âge

Filippo RONCONI, Aux racines du livre. Métamorphoses d’un objet de l’Antiquité au Moyen Âge, éditions EHESS, collection « En temps & lieux » 110, Paris, 2021, 352 p.

Est-ce parce qu’à l’heure du numérique florissant le livre, l’écrit et la lecture prennent des formes nouvelles, que se multiplient les ouvrages sur les origines de l’objet livre tel que nous le connaissons aujourd’hui dans son format papier ? À côté du best-seller espagnol d’Irene Vallejo, L’Éternité dans un roseau (Les Belles Lettres, 2021), un peu romantique mais passionné, et en attendant une possible traduction d’Il libro nel mondo antico. Archeologia e storia (secoli VII a.C.-IV d.C.) de Lucio Del Corso qui vient de paraître en Italie en 2022, le lecteur intéressé par l’histoire du livre peut ouvrir l’ouvrage de Filippo Ronconi sans risquer d’être déçu.

Voici le compte rendu de Benoît Laudenbach :

CR_ B. Laudenbach_F. Ronconi_Aux Racines du livre

CR_G. de GUILLAUME DE CONCHES, « Philosophia et Dragmaticon »

Bernard Ribémont, Emilia Ndiaye et Christine Dussourt (traduction du latin et commentaire), Philosophia et Dragmaticon, Paris, Les Belles Lettres (« Sagesses médiévales »), 2021, 460 p., 27 euros, ISBN : 978-2-251-45252-4.

Ce volume, consacré au maître chartrain Guillaume de Conches, réunit pour la première fois dans l’histoire éditoriale de cet illustre commentateur et grammairien, deux de ses œuvres, l’une, la Philosophia, et l’autre, son double, le Dragmaticon. Les auteurs de la traduction et du commentaire souhaitent ainsi mettre en regard et révéler, par contraste diachronique et comparaison doctrinale, leur lien gémellaire constitutif, la valeur philosophique de leurs échos, ainsi que leurs lignes de continuité, de rupture et d’héritage, entre révisions, innovations et approfondissements.

Voici le compte rendu de Guillaume de Conches :

CR_G. de CONCHES_Philosophia et Dragmaticon_B. Ribémont, E. Ndiaye_C. Dussourt

CR_Bibliothèque idéale des mets et des mots

Catherine SCHNEIDER, Bibliothèque idéale des mets et des mots. Parler, boire et manger dans l’Antiquité, d’Homère à Fortunat, évêque de Poitiers, Paris, Les Belles Lettres, 2021, 480 p.

 

La présente anthologie ne couvre pas moins de quatorze siècles de littérature (du VIIIe siècle avant J.-C. au VIe siècle après J.-C.) : composée de trente-quatre entrées, elle constitue un parcours à la fois chronologique et thématique fondé sur des extraits illustrant, chacun à sa manière et en fonction des différents auteurs sélectionnés, l’articulation entre des textes centrés sur la nourriture et ses diverses pratiques ainsi que les mots les accompagnant. D’où le titre à la fois érudit et ludique de cet ouvrage – Bibliothèque idéale des mets et des mots, qui s’efforce de mettre en évidence cette articulation, et ce d’autant que « les sociétés antiques ne conçoivent pas la nourriture comme un plaisir solitaire ; le repas y est, tout au contraire, un espace d’échange et de partage » (p. 9).

Voici le compte rendu de cet ouvrage:

FC_CR_CS_Bibliothèque idéale des mets et des mots

CR_Hédi Kaddour_La Nuit des orateurs

Hédi KADDOUR, La nuit des orateurs, Paris, Gallimard, 2021, 368 p.

Le poète et romancier franco-tunisien Hédi Kaddour (né en Tunisie en 1945) reçoit le Grand Prix de l’Académie française pour son livre Les prépondérants, qui a également figuré parmi les quatre finalistes du prix Goncourt. Avec son dernier opus, La Nuit des orateurs, il plonge le lecteur dans une nuit particulière de la Rome antique, qui, décisive, va présider à la destinée d’une figure célèbre de la littérature et de la politique – Tacite, confronté au pouvoir tyrannique de l’empereur Domitien. Son épouse ou l’éloquence parviendront-elles à le sauver ?

Voici le compte rendu de ce roman :

FC_CR_HK_La nuit des orateurs_février 2022

CR_Jean-Louis POIRIER, Ainsi parlent les dieux_A. Berthelot

Jean-Louis POIRIER, Ainsi parlent les dieux : Comment Grecs et Romains pensaient leurs mythes, Paris, Les Belles-Lettres, « Essais » nº 30, 2021, 216 p.

Comme l’indique le titre de son ouvrage, Jean-Louis Poirier ne se préoccupe pas de produire une énième interprétation de la mythologie gréco-latine, par définition biaisée dans le sens des catégories mentales du décrypteur : ce à quoi il s’intéresse, c’est à la manière dont les Grecs et les Romains lisaient, utilisaient, et peut-être, aussi, interprétaient eux-mêmes leurs mythes. Un plan très détaillé, avec quatre parties de trois chapitres eux-mêmes finement subdivisés, a pour fonction sans doute d’aider le lecteur à suivre les méandres de l’argumentation de l’auteur, mais l’égare parfois dans des excursus dont on ne saisit pas tout à fait le lien avec le fil directeur de l’ouvrage, même s’ils comptent parmi les pages les plus brillantes de l’ouvrage.

Voici le compte rendu d’Anne Berthelot:

CR_Poirier_Ainsi parlent les dieux_A. Berthelot

Avis de parution_Le latin à l’université aujourd’hui (D. Allart, Y. Berthelet et B. Rochette)

Le réseau associatif Antiquité Avenir a le plaisir de signaler la parution suivante :

Le latin à l’université aujourd’hui (sous la direction de Dominique Allart, Yann Berthelet et Bruno Rochette) aux Presses Universitaires de Liège

À l’heure où l’on s’interroge sur la place du latin dans les cursus d’études à l’université, les auteurs de cet essai rappellent, chacun avec son propre éclairage, que l’enjeu du débat sur le latin dépasse les seules questions identitaires et les simples intérêts d’une corporation d’enseignants et de spécialistes. Le latin étant le socle linguistique et historique de l’humanisme européen, son avenir est indissociable de celui des langues que nous parlons – langues romanes, bien sûr, mais aussi langues germaniques. Ignorer ce substrat nourricier reviendrait à condamner notre modernité et nos jeunes générations à vivre sans la conscience de la langue, sans savoir ce que parler veut dire, sans être en mesure de comprendre que la culture, porteuse de sens, n’est pas une option, mais une nécessité.

Sous l’impulsion de D. Allart (ULiège), ont contribué à cet essai Br. Rochette (ULiège), J. Winand (ULiège), P. Assenmaker (UNamur), C. Suzzoni (Lycée Henri IV) et Y. Berthelet (ULiège).

Voici  le lien internet :

http://www.presses.uliege.be/jcms/c_23240/le-latin-a-luniversite-aujourdhui

 

CR_JF Cottier_Marc Antoine Muret, un humaniste français en Italie

Marc Antoine Muret, un humaniste français en Italie, études réunies par Laurence Bernard-Pradelle, Christine de Buzon, Jean-Eudes Girot et Raphaële Mouren, Genève, Droz, 2020, 659 p. (Travaux d’Humanisme et Renaissance, 510).

Du 22 au 25 mai 2013, s’est tenu à Rome un colloque consacré à Marc-Antoine Muret (1526-1585), le plus italien des humanistes français et à qui « rien de ce qui touchait les textes de l’Antiquité n’était étranger » (p. 45). Ce-dernier ayant fui la France pour «…chercher ailleurs / Un ciel meilleur… » (Ronsard, Les isles fortunées, vv. 39-40) arriva en Italie dès 1554, où il publia chez Paul Manuce à Venise des textes classiques commentés, dont Catulle et Térence. Il rentra ensuite au service du cardinal Hippolyte d’Este en 1558 et, après un court retour en France (1561 à 1563), il s’installa définitivement à Rome à partir de 1563. Il y enseigna la philosophie morale, le droit et la littérature latine à La Sapienza, quasiment jusqu’à sa mort. Philologue réputé, il entretint une correspondance extrêmement abondante, tout en jouissant d’une grande réputation d’orateur.

Voici le compte rendu de Jean-François Cottier:

CR_JF Cottier_Marc Antoine Muret_août 2021